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Objectifs protéger la mer a pour mission d’explorer les océans de notre planète web, de vous sensibiliser, à la nécessité de protéger les mers et les océans, en mettant en évidence le lien vital qui unit l’Homme à la Nature. En vous faisant comprendre le rôle déterminant du système aquatique de notre planéte dans la préservation de toutes les formes de vie sur Terre.

 

"Protéger les océans, c’est se protéger soi-même" "Jean-Michel COUSTEAU"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 27 Février 2006
Après les classiques dauphins souffleurs des marinelands, les dauphins à long bec comptent parmi les plus connus des plongeurs, surtout depuis qu’on s’est aperçu qu’on pouvait les côtoyer aisément en certains endroits de Mer Rouge, au sud de l’Egypte. Mais que sait-on vraiment de cette espèce ?

Voici ce qu’on peut en dire aujourd’hui, principalement grâce aux travaux de scientifiques qui ont observé ce dauphin en liberté pendant plus de 10 ans à Hawaï (*) et aux observations réalisées en Mer Rouge, en particulier dans le lagon de Shaab Samadaï près de Marsa Alam.


© P. Louisy


Le dauphin à long bec, Stenella longirostris pour les scientifiques, est une espèce cosmopolite présente dans toutes les mers tropicales et subtropicales. On en reconnaît actuellement quatre sous-espèces, qui ne reflètent que partiellement la grande variété de taille, dessin et autres caractères physiques d’une population à l’autre. Certaines populations vivent en pleine mer, à des centaines de milles des terres les plus proches, d’autres sont côtières. Chez ces dernières, on voit souvent des groupes se rassembler au cours de la journée dans des baies ou autres zones abritées ; c’est par exemple le cas aux îles Hawaï (Pacifique central) et Fernando de Noronha (Atlantique, au nord-est du Brésil), ainsi qu’en Mer Rouge, dans les lagons de deux récifs du large au sud de Marsa Alam.


Le dauphin à long bec a des dessins caractéristiques, en particulier
sur la tête et le museau. © P. Louisy



Repos le jour et chasse la nuit

Le rythme de vie de ces dauphins a été particulièrement bien étudié à Hawaï, où ils fréquentent un certain nombre de baies abritées. Ils arrivent habituellement tôt le matin dans la baie, souvent en plusieurs groupes successifs, et entrent dans une phase de repos, nageant lentement au-dessus d’étendues de sable clair en groupes compacts et très coordonnés. On ne peut pas dire que les dauphins dorment, à la manière dont on comprend habituellement ce terme. Mais lors des phases de repos, ils interrompent toute émission sonore, y compris les clics d’écholocalisation : la vision reste alors le seul moyen de détecter d’éventuels ennemis, et c’est sans doute la raison pour laquelle ils choisissent des fonds sableux bien dégagés.


En phase de repos, le groupe est compact, et nage lentement de façon
très coordonnée (Shaab Samadaï). Notez la présence de bébés. © P. Louisy



Au cours de la journée, des périodes actives peuvent s’intercaler entre les phases de repos. Puis, en général dans l’après-midi, le niveau d’activité augmente notablement, avec en particulier des manifestations aériennes telles que claquements de queue, éclaboussures et sauts. Les déplacements se font alors plus importants et plus rapides, les dauphins se dirigent vers le large, puis reviennent pour repartir un peu plus tard, ce va-et-vient pouvant se répéter plusieurs fois. Enfin, lorsque les animaux quittent définitivement la baie, souvent en groupes successifs, ils rejoignent des bancs plus importants avant d’entamer leur chasse nocturne, qui se déroule généralement sur des fonds de 200 m ou plus.


En fin d’après-midi, les dauphins deviennent plus actifs, jouent,
font des cabrioles. Un prélude au départ pour la chasse vespérale.
© P. Louisy



Que mangent-ils ?

Les dauphins à long bec du Pacifique (et probablement d’ailleurs) se nourrissent de nuit. Ils peuvent chasser à plus de 250 m de profondeur, leurs apnées dépassant alors 4 min. Ils se nourrissent de poissons de profondeur ne dépassant guère 10 à 20 cm (certains capturés au delà de 100 ou 200 m), de petits calmars profonds et de crevettes. A Shaab Samadaï, ils consomment en particulier des petits céphalopodes (on voit de grandes quantités de leurs becs cornés dans les excréments des dauphins) et des poissons pouvant dépasser 20 cm (une régurgitation observée).


C’est tôt le matin, au retour de leur chasse nocturne que l’on peut savoir
ce que les dauphins ont mangé : il suffit de se précipiter pour examiner
leurs excréments avant qu’ils n’aient été trop dispersés par les poissons.
Avec un peu de chance, on peut aussi espérer entrevoir un reste de poisson
régurgité avant qu’il ne soit englouti par un lutjan. © P. Louisy



Pas toujours les mêmes au même endroit

Le lendemain matin, le même groupe semble revenir dans la baie, mais les apparences sont trompeuses ! A Hawaï, les chercheurs ont constaté que seuls quelques individus revenaient dans une même baie d’un jour à l’autre. A Shaab Samadaï, certains individus identifiables par des marques ou des blessures ont été reconnus plusieurs jours de suite, tandis que d’autres n’ont par exemple été vus qu’une fois en trois jours consécutifs. Si le groupe semble comparable, c’est simplement parce que les dimensions de la baie déterminent le nombre de dauphins qu’elle peut accueillir.

A Hawaï, la durée moyenne d’occupation d’une baie (en l’occurrence Kealake’akua Bay) varie de 4-5 heures en hiver à 7-9 heures en été, la période de repos proprement dite durant 4 à 5 heures quelle que soit la saison. A Shaab Samadaï, en octobre, les dauphins restaient de 9 heures à près de 11 heures dans le lagon, la durée de repos effectif (vérifiée par observation subaquatique, et non pas par des observateurs en surface) ne dépassant pas 3 heures.


Pour des raisons d’hydrodynamisme, les dauphins n’ont pas d’organes
sexuels protubérants. On peut certes les reconnaître à l’examen des fentes
génitales (dessin), mais cela n’est pas toujours aisé. Les mâles ont cependant
un aspect physique un peu différent des femelles (caractères sexuels secondaires),
qui devient évident pour les plus “ virils ” d’entre-eux. Les dessins illustrent
le dimorphisme sexuel observé chez les dauphins de Mer Rouge.
© P. Louisy / Peau-Bleue



Une vie très sociale, mais pas casanière

Tous les dauphins d’une même population de fréquentent pas chaque jour une baie de repos. Ainsi, les chercheurs hawaïens ont dénombré un total de 400 à 700 individus dans les différentes baies de la Grande Île, alors que la population totale de dauphins à long bec y est estimée à 1000 ou 2000. En fait, au gré des rencontres, rassemblements ou dispersions, les individus s’associent à des groupes différents d’une manière qui semble assez aléatoire (ou, du moins, dont on n’a pas encore perçu la logique). Après la chasse nocturne, les bancs ou groupes de dauphins se rapprochent de l’île, certains se réfugiant dans les baies tandis que d’autres patrouillent le long de la côte. Tout se passe comme si les groupes se relayaient d’un jour sur l’autre pour fréquenter les zones de repos.


C
ouple de dauphins à long bec. Le mâle, au premier plan, a des
caractéristiques « viriles » bien prononcées : aileron dorsal « redressé »,
à bord postérieur presque droit, bosse post-anale prononcée. © P. Louisy


Les dauphins à long bec sont éminemment grégaires, et l’on ne voit jamais d’individus isolés. Contrairement à d’autres espèces, ils ne semblent pas former des groupes familiaux, mais s’associent plutôt par catégories (mâles célibataires, adultes accompagnés de bébés, etc.) qui constituent souvent des sous-groupes de rassemblements plus importants. Lors de leurs phases d’activité, les échanges sociaux sont nombreux : poursuites, caresses des ailerons ou du museau, accouplements réels ou simulés (une position d’accouplement n’a pas forcément une signification sexuelle : pensez à une vigoureuse embrassade chez nous…). Moins accessibles et pourtant fondamentales, les communications sonores ont aussi une importance considérable ; le dauphin à long bec est l’un des plus bruyants que l’on connaisse ! Sifflements divers et clics d’écholocalisation comptent parmi les sons perceptibles à l’oreille humaine.


Parmi les interactions sociales en période d’activité, des accouplements.
Comme vous pouvez (peut-être) le constater, le mâle est en dessous.
© P. Louisy


Enfin, le dauphin à long bec est célèbre pour ses capacités de voltige, le nombre et la nature des manifestations aériennes étant corrélé au niveau d’activité du groupe : claquements de queue, claquements du dos ou de la partie antérieure du corps, sauts courbes, sauts de saumon, et la fameuse vrille (ou spin) qui a valu à l’espèce son nom anglais de Spinner Dolphin.


Les deux mâles au premier plan sont-ils en situation d’accouplement simulé,
ou s’agit-il simplement d’une « embrassade » ? Il est souvent bien difficile
d’interpréter le comportement d’autres espèces… © P. Louisy




Texte, dessins et photos Patrick Louisy,  
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