
Le refuge des plongeurs — "Divers Haven". Comment appeler autrement ce morceau de paradis, situé à trente minutes de Malé, la capitale des Maldives ? Décor pour publicité papier glacé. Un rêve. Celui de tous les plongeurs. Car les Maldives comptent les plus beaux fonds au monde. Imaginez : au moins 1 096 espèces de poissons, 400 de mollusques, 300 de crustacés et 209 de corail.
Mais dénombrer est ici un exercice aussi vain qu'infini, puisque tout est abondance. Et c'est ainsi que vous vous retrouvez très vite poisson parmi les poissons, partie intégrante d'un ballet incessant, essaim de couleurs qui nagent avec vous. Il faut pourtant, avant de plonger, respecter quelques règles de base. Et ici plus qu'ailleurs.

Le ministère du tourisme a en effet établi des consignes strictes, d'une part pour que la plongée reste un sport agréable, d'autre part pour protéger les sites. Le 5 juin 1995, à l'occasion de la Journée mondiale de l'environnement, le gouvernement des Maldives a institué des aires marines protégées, où il est interdit de jeter l'ancre, de pêcher autrement qu'en utilisant un appât vivant, etc.
Interdit aussi de porter des gants (ce qui évite les tentations — nombreuses — de jouer avec — et donc d'endommager — la faune et la flore) ; et de plonger au-delà de 30 mètres. Inutile de protester et d'exhiber comme des trophées ses plongées à 40 voire 60 mètres. C'est vrai que c'est grisant, mais c'est ici superflu. A 20 mètres, ils sont déjà tous là : les platax, ces élégantes créatures aux écailles argentées, les belles demoiselles ou les drôles de poissons-ballons, les poissons-trompettes aux couleurs de l'arc-en-ciel qui deviennent transparents dès qu'ils se sentent en danger, ou encore les grogneurs avec leur queue jaune à taches noires.

Sans compter les tortues et les requins, ou encore les poissons-papillons et les poissons-clowns, dignes de Nemo, qui trouvent abri dans les urticantes anémones. Les poissons-perroquets sont également en nombre, mordant à pleines dents dans les coraux vivants avant d'en rejeter le squelette.
Cette fine pluie de débris calcaires donne ce magnifique sable blanc des Maldives, où les napoléons sont légion, et semblent parfois avoir été génétiquement modifiés tant leur taille — ils atteignent parfois les 2,30 mètres — est impressionnante. Mais ce n'est pas à eux qu'il faut faire attention, mais bien aux poissons-pierres ou encore aux beaux coquillages que sont le conus textile et le conus geographus dont le puissant poison peut se révéler mortel. Et c'est ainsi que l'imaginaire collectif, abreuvé aux Dents de la mer, fait mentir la légende : les requins ne s'attaquent pas aux plongeurs ; et c'est bien souvent des petites créatures dont il faut se méfier...

La seule absente de la semaine sera la raie manta. Cette star des Maldives, parfois appelée diable de mer en raison de son dos noir, tend à migrer selon les saisons. Ainsi, d'avril à novembre, a-t-on plus de chances de les observer sur le côté est des atolls. Si l'on peut plonger toute l'année aux Maldives — l'eau se maintient constamment à 30 °C — disons que la meilleure saison se situe de décembre à avril, quand le climat est sec. Ensuite vient la mousson et, avec elle, les surfeurs.
Les Maldives sont aussi, même si c'est moins connu — les clichés de carte postale nous montrent toujours une eau calme et translucide — une destination surf. Pour preuve, du l6 au 12 juin 2005,l'île de Lohifushi (atoll Malé Nord) a accueilli pour la 5 e année consécutive la désormais très suivie compétition de surf O'Neill Deep Blue.

Paul Orphanidis, qui dirige le centre de plongée Divers Haven, se satisfait parfaitement de ces vents qui peuvent vous propulser très loin, très vite. Véliplanchiste de coeur, il a commencé à plonger en mer Rouge en 1985, a passé son instructorat en Egypte, avant d'enseigner aux Bahamas. Aux Maldives, il a d'abord commencé par travailler sur les "safari boats", qui sont sans doute le must quand il s'agit de plongée. "Du plus simple au plus luxueux, les safari boats permettent l'accès aux meilleurs sites : c'est 95 % de chances de voir des mantas et des requins", affirme-t-il. Si les débutants ont tout intérêt à choisir la formule hôtel, qui leur permettra de se familiariser avec leur équipement dans les lagons avoisinants, les plongeurs expérimentés préfèrent souvent la croisière, qui offre la possibilité de plonger trois à quatre fois par jour. Plus variées, les plongées sont aussi plus extrêmes — notamment en raison des courants forts et volatils dans cette partie de l'océan Indien, raison pour laquelle la plongée dérive est reine aux Maldives. Ici, point besoin de palmer. Il suffit de se laisser porter par le courant, de le laisser travailler pour vous, faisant défiler — vision panoramique — les habitants du plus géant des aquariums.
Ici plus qu'ailleurs, le plongeur a le sentiment d'être en apesanteur dans cette eau chaude à la visibilité souvent excellente. Inutile de dire que, si le paradis des plongeurs existe, c'est ici qu'il se trouve. Là, quand défilent sous vos yeux des murènes-léopards et des bébés poissons-perroquets qui ne prendront leur couleur bleu-vert que lors de leur croissance.
Aucun effort donc, puisqu'il suffit, la réserve d'air épuisée, de gonfler, à l'aide de son détendeur de secours, son petit parachute qui permet au bateau de vous repérer et de venir vous chercher. Aux Maldives, l'embarcation traditionnelle est le dhoni, qui, avec sa proue élancée, rappelle les bateaux phéniciens. Sa quille peu accentuée permet de réduire considérablement le tirant d'eau, et donc de naviguer dans les eaux peu profondes des lagunes le long des côtes. Originellement construit en bois de cocotier et à voile, c'est le bateau maldivien par excellence. " Un super-concept, dit Paul. Ça protège les fonds. Et, pour les plongeurs, il est facile d'en descendre et d'y monter."
Pour la dernière sortie, la bonne ambiance règne sur le bateau, notamment grâce au sourire d'Ashraf, un jeune Maldivien, professeur de plongée, comme son père. C'est une plongée en dérive, pas particulièrement difficile, mais qui nécessite de descendre rapidement avant de se stabiliser à une vingtaine de mètres. Les derniers conseils donnés, on se jette à l'eau, et, là, encore une fois, c'est le miracle. Nuée de poissons, napoléons à gogo, trois requins pointe blanche, une tortue, et d'adorables poissons-licornes.

C'est presque surréel. Et pour terminer, un peu de grand bleu, cette immensité dans laquelle on pourrait mourir. Dernier bol d'eau avant la remontée. Adieu, Maldives.








